Kazakhstan : steppes et montagnes d’Asie Centrale (partie 2/2)

Piste de Zholoman

Afin de rejoindre le village de Topar et pour éviter de repasser à Kapchagai, nous empruntons une piste qui part de Karlygash et qui passe par plusieurs villages reculés. Le temps plutôt orageux et l’état de la piste nous font renoncer à mi chemin mais nous passons à côté de spots qui méritent quelques lignes dans cet article. Une petite mare située en plein coeur du village de Samen a attiré le petit gravelot (1) et la huppe fasciée (1). La piste continue à dévoiler ses steppes arides pour nous emmener au village de Zholoman ou de belles découvertes nous attendent. Un faucon crécerellette femelle a trouvé sa maigre pitance dans un tas d’ordures enseveli et un couple de Ganga Unibande (2) se confond dans l’immensité du paysage. Non loin du village, une ferme abandonnée sert de refuge à l’Etourneau Roselin (100): mais pourquoi diable l’évolution a voulu que les Étourneaux aient les ailes roses ici? Chez nous un Etourneau Roselin peut se cacher parmi les rassemblements de milliers d’Étourneaux Sansonnets. Est-ce que la réciproque est vraie? Y-a-t-il un Etourneau Sansonnet dans le groupe de Roselins que nous sommes en train d’observer? Cette question restera sans réponse… La petite colonie de Guepiers d’Europe(5)  est un spectacle bien plus attractif!
Le temps se gâte et la piste est encore longue. Petite hésitation: il est possible de faire demi-tour pour nous rendre à Topar par la route… Nous continuous sur la piste mais la camionnette en feu et surtout le magnifique tête à queue de notre Pajero ont raison de notre témérité. Demi-tour pour rejoindre la voie goudronnée et surtout la voie de la sagesse.

Ganga Unibande
Ce couple de Ganga Unibande a eu la bonne idée de faire une halte sur la piste … autrement nous n’aurions même pas soupçonné leur présence

Faucon Crécerellette
Cette femelle Faucon Crécerellette a choisi de se nourrir … dans les ordures. Pourquoi pas?

Topar et Taukum desert

Nous remontons le fleuve Ili jusqu’à un premier point d’intérêt, quelques kilomètres avant Topar: la forêt de Zheltoranga connue pour être le refuge du pic à ailes blanches. Mais avant ça, arrêtons-nous quelques minutes pour photographier la mésange charbonnière, un peu différente des nôtres car il s’agit de la sous-espèce Turkestan (Parus major kapustini). Certains l’assimilent à une espèce à part: la mésange du Turkestan ou Parus Bokharensis. La forêt de Zheltoranga est une forêt claire et plutôt agréable. Nous y arrivons en fin d’aprés-midi tout en sachant qu’il va falloir improviser pour trouver un lit ce soir: pas d’hôtels sur Booking à Topar. Au pire, la forêt sera une bonne solution de repli pour dormir à la belle étoile. Toutes ces considérations d’ordre pratique ne doivent pas nous faire oublier notre objectif. Objectif rapidement atteint puisque le Pic à ailes blanches (5) est immanquable même pour le plus piètre des ornithologues. 

Pic à ailes blanches
Le pic à ailes blanches: un incontournable de la forêt de Zheltoranga

En cette fin de journée il est temps de se rendre à Topar pour essayer de trouver le gîte et le couvert. En discutant (ou plutôt en essayant de communiquer) avec la personne qui tient le petit bazar, nous comprenons que son mari va nous héberger … pour 10 euros la nuit.

Le lendemain matin, direction Topar Lake System. Nous avons beau nous approcher du Taukum desert, la température a drôlement chuté et nous attaquons la journée alors que le mercure n’indique à peine plus de 6°C.

Pic à ailes blanches
La petite surprise du Topar Lakes System: le Chevalier bargette très reconnaissable avec son long bec retroussé. Ceux-ci volent en petit groupe à la manière des bécasseaux

Après les températures glaciales que nous avions affronté en Laponie Norvégienne, il en faudra plus pour entamer notre motivation. Le Topar Lakes System porte bien son nom: il s’agit d’un ensemble de petits lacs indépendants qui habritent une faune très diversifiée. Dans les anatidés, nous trouvons Canard chipeau (1), Canard colvert (2), Canard souchet (1), Foulque macroule (2), Fuligule milouin (4), Fuligule nyroca (2), Grèbe huppé (1), Nette rousse (6) et Sarcelle d’été (1). La Guiffette Noire (2) et la Guiffete Moustac (15) chassent dans les eaux poissonneuses au côté de la Sterne Pierregarin (8). Mais la plus grande surprise viendra de ce petit groupe de Chevalier bargette (20) reconnaissable avec leur long bec retroussé. Après quelques kilomètres en direction du sud, le Topar Lakes System cède sa place à une zone plus aride: nous entrons dans le Taukum Desert. Une recherche rapide sur internet montre que la région attire essentiellement des ornithologues en quête d’aventure. En effet, mis à part les quelques espèces que nous pouvons contacter ici, il est difficile de trouver plus d’informations sur le Taukum: nous savons simplement que l’on y produit du lait de chamelle. Même la délimitation géographique restera un peu vague.

Buse Féroce
Un nid de Buse Féroce à hauteur d’hommes au bord de la route… Possible uniquement dans un des pays les moins densément peuplés au monde

La route qui nous mène jusqu’à Kanshengel dévoile le Roselin de Mongolie (10). Nous découvrons par la suite, un nid de Buse Féroce (3), à mi-hauteur d’un petit arbre au bord de la route La vulnérabilité de la situation n’a pas empêché la nichée de survire: les deux jeunes ont désormais un plumage quasiment mâture. Nous ne resterons pas longtemps car malgré toutes les précautions que nous prenons, notre seule présence suffit à perturber le vas et vient des adultes. C’est en arrivant aux abords de Kanshengel, non loin d’une petite étendue d’eau bordé par des baraquements abandonnées que la magie du Taukum se révèle à nous: la Grue Demoiselle (100) a quitté ses quartiers d’hiver pour venir sur sa zone de nidification d’Asie Centrale. Pas de comportement nicheur dans le groupe que nous observons qui semble être en halte migratoire. Le Ganga Unibande (3) et le désormais commun Bruant à tête rousse (1) rôdent également dans les parages. Il est temps de continuer notre route avec quelques regrets de ne pas avoir trouvé certaines espèces nicheuses comme le Pluvier Asiatique ou la très discrète Outarde de Macqueen. 

Grue Demoiselle
La magie du désert de Taukum dans toute sa splendeur: nous sommes sous le charme de ce vol de Grues Demoiselle
Notre périple continue en direction de Aksuyek, une ville qui devait avoir une certaine vie des années 60 aux années 90 grâce à l’extraction de l’Uranium mais qui aujourd’hui est à moitié abandonnée. La ville donne l’impression d’avoir été le théâtre d’une guérilla urbaine tellement les maisons écroulées sont nombreuses. L’abandon des habitations ne peut pas expliquer pourquoi tant de constructions sont tombées comme des châteaux de cartes. Les causes de ce paysage de désolation resteront mystérieuses… En attendant, la Chevêche d’Athéna (4) (sous-espèce lilith) s’accommode parfaitement de ce biotope.

Le lac Balkhash

Notre itinéraire nous conduit un peu plus au nord. Nous longeons désormais le lac Balkhash. Il s’agit du plus grand lac du Kazhakstan et le deuxième plus grand lac d’Asie Centrale (après la Mer Caspienne). Ses eaux sont mixtes: la partie Ouest du lac est composée d’eau douce et la partie Est d’eau salée. Cette caractéristique naturelle est unique au monde. Malheureusement, le lac subit énormément de pression du fait de l’activité humaine: de nombreux barrages sont construits sur les principaux affluents notamment pour satisfaire aux besoins en eau de l’agriculture intensive chinoise. De plus, la ville de Balkhash est le bastion d’une industrie métallurgique très polluante. C’est sans doute pour toutes ces raisons que les agences de voyage ornithos ne s’attardent pas ici. Nous n’avons donc pas prévu de nous y arrêter. Mais les quelques Sternes Pierregarin (10) visibles depuis la route attirent notre attention… Un petit détour ne tuera personne.. Allons-voir! Nous trouvons une zone dégagée au bord de l’eau qui offre une vision à 180° sur le lac, un emplacement idéal pour contempler ce qui s’avère être un des lieu les plus riches de notre périple! Nous assistons à un ballet incessant dans le ciel avec des vols au tour à tour de Sterne caspienne (5), Sterne hansel (100), Sterne naine (50), de Glaréole à collier (50),  Guifette moustac (70) et Guifette noire (100). Le Goéland ichthyaète (5) se démarque du Goéland pontique (5) par sa taille imposante et sa tête parfaitement noire non sans rappeler celle de la Mouette Mélanocéphale. Les anatidés profitent des eaux douces du lac: Nette rousse (30), Oie cendrée (2), Foulque macroule (5)Fuligule nyroca (4),Grèbe huppé (4) et Cygne tuberculé (1). Le cri de la Locustelle luscinioïde (2) en provenance des roseaux est très reconnaissable et la silhouette imposante du Pélican Blanc (5) surplombe tout ce beau monde. Mais le clou du spectacle vient comme souvent d’une espèce inattendue: le Guêpier de Perse (5) étale son panache de couleurs devant nos objectifs et nos yeux ébahis.
Guêpier de Perse
Le Guêpier de Perse a trouvé son habitat sur les berges du Lac Balkhash

Nous profitons du spectacle jusqu’à la tombée de la nuit. Malheureusement cette halte imprévue ne nous a pas fait gagné de temps. La journée qui suit est une journée de transition entre la région de Topar et la résèrve de Aksou-Jabagly. Un périple de 550 km nous attend avec un certain nombre d’incertitudes comme par exemple ou allons nous trouver un gîte pour ce soir? Après plusieurs heures sur des routes ou toutes les poules du pays ont du niché (comprenez que l’état des routes est déplorable!), nous trouvons non sans mal un hôtel ouvert 24h/24 à Chou. La nuit sera courte: coucher 3:30, lever 7:00.

La réserve d’Aksou-Jabagly

Nous continuons en direction de la réserve en faisant halte à Ashymbulak, un barrage situé à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Taraz. Les zones humides qui entourent le lac offrent un biotope intéressant mais la densité n’est pas au rendez-vous: Canard pilet (2), Canard souchet (1), Chevalier arlequin (6), Faucon hobereau (1), Grèbe huppé (1), Héron cendré (1), Héron garde-boeufs (1), Mouette rieuse (2), Sterne pierregarin (2), Tadorne casarca (3), Tarier pâtre (1), Vanneau huppé (10).

Fin d’aprés-midi, arrivée au village de Jabagly ou Svetlana, notre guide, nous accueille. Nous logerons chez Bagdad et sa famille dans un corps de ferme ou une maison est visiblement dédiée au logement des quelques touristes qui viennent visiter la réserve. Tout est très authentique: les animaux (veaux, chevaux) pataugent dans la boue mais la maison a tout le confort moderne. Dans la rue, les enfant jouent tous ensemble, même ceux qui commencent tout juste à goûter aux joies de la marche. Contrairement aux enfants rencontrés à Bashi, ils ne semblent pas surpris de voir des étrangers.

Il est trop tard pour une excursion aujourd’hui. Nous prenons juste la voiture pour explorer les alentours du village du côté du réservoir d’eau potable. Une première espèce nouvelle au bord de la rivière: l’Arrenga siffleur (1).

Nous passerons une bonne partie de la journée du lendemain en randonnée avec Vladimir, notre guide (et mari de Svetlana), à la découverte de la faune locale. Nous savons que le Léopard des neiges est un résident de la réserve, mais Vladimir douche rapidement nos espoirs: Les 8 ou 10 individus qui peuplent les montagnes peuvent être vus uniquement sur des expéditions de plusieurs jours. La léopard des neiges est un animal farouche. Comme tous les grands prédateurs, ils ne peuvent pas être trop nombreux sans quoi les ressources naturelles seraient insuffisantes, mais leur reproduction nécessite un minimum critique d’individus: subtil équilibre à respecter!

Fauvette de Hume
Aksou Jabagly. Le léopard des neiges est bien trop inaccessible! Tant pis cette Fauvette de Hume est déjà un bon dépaysement pour nous

Sans trop de difficultés Vladimir nous montre les chèvres sauvages (Ibex). Svetlana accompagne un couple de touristes allemands, ils ont eu plus de chance, des ours bruns ont croisé leur chemin. Le long du sentier de randonnée nous trouvons le Bruant fou (1) la Fauvette de Hume (1) le Roselin cramoisi (1) le Vautour fauve (5), et le Vautour moine (10). Après une petite collation au gîte de montagne, nous redescendons. Sur les berges de la rivière des invités nous attendent…. Une équipe de télévision est en train de faire un reportage sur le parc. Ils veulent nous interviewer. Je me dévoue. Vladimir fait l’interprète et je réponds aux questions du journaliste qui a visiblement du mal à intégrer que des Européens puissent venir jusqu’au Kazakhstan pour voir des oiseaux! Pour alimenter leur reportage, le cameraman nous demande de mimer une scène ornitho. Nous voilà donc tous les quatre, avec nos jumelles en train de regarder un rocher sur lequel ne repose aucun oiseaux… Scène surréaliste! Nous passerons sur Kaz news demain! Notre présence sera peut être utilisée comme propagande pour souligner l’arrivée massive des Français dans tout le sud du Kazakhstan!

La deuxième journée: direction Kokbulak. Un milieu forestier connu pour être l’habitat du Tchitrec de paradis. Cette fois, nous sommes accompagnés de Svetlana et de Vladimir. La foret est le milieu le plus ingrat pour l’observation d’oiseaux. La recherche y est fastidieuse et rarement couronnée de succès. Nous sillonnons les sentiers à la recherche du petit duc scops (qui restera introuvable) et du Tchitrec. Les couleurs de ce dernier combiné à sa furtivité donne l’impression de voir passer de petites boules incandescentes! L’oiseau est bien présent et se déplace en petits groupes de quelques individus. La grosse densité du Loriot indien (25) avec son chant si mélodieux confère à la forêt une ambiance sonore féerique. Nous longeons pendant quelques kilomètres le ruisseau avec à la clé une Rousserolle des buissons (1). Pic à ailes blanches (1) et Gobemouche gris (25) peuplent également la forêt.

Tchitrec de Paradis
Le Tchitrec de Paradis, bien présent dans la forêt de Kokbulak mais toujours très furtif

Il est temps de repartir. Notre séjour à Jabagly et au Kazakhstan s’achève: direction Almaty. La route va être longue. Vladimir connaît quelqu’un qui peut nous montrer un lieu de reproduction de la Grande Outarde. C’est sur notre route, mais nous sommes obligés de décliner la proposition: le timing est malheureusement trop serré. Juste au moment de partir une pie-grièche légèrement plus grosse que les autres est posée sur un grillage. Petit coup de jumelles: c’est la Pie-grièche schach (1).

Nous longeons pendant plusieurs kilomètres la frontière Kirghize avec comme toujours en toile de fond des massifs montagneux dont les sommets enneigés si imposants semblent effleurer la voûte céleste. Le Kazakhstan aura été une destination marquante. Ce n’est sans doute pas une grande destination pour les ornithologues. Les différents biotopes que nous avons traversé sont plutôt ingrats, avec peu de densité d’oiseaux et d’espèces. Mais voilà, le nombre de visiteurs se comptent sur les doigts de la main. La principale attraction réside dans la singularité des lieux traversés. Qui peut se vanter d’avoir cherché le Pic à ailes blanches de la forêt de Zheltoranga, ou d’avoir partagé le quotidien d’éleveurs de chevaux à Topar? Le dépaysement a été total et nous repartons avec des images plein la tête et des étoiles dans les yeux

2 thoughts on “Kazakhstan : steppes et montagnes d’Asie Centrale (partie 2/2)

Répondre à Philippe Heitz Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *